Tribune de l’Ambassadrice (Jyllands-Posten - 25 mai 2010) [da]

(Tribune parue dans Jyllands-Posten le 25 mai 2010)

L’Europe a besoin d’une agriculture forte et régulée

L’agriculture européenne traverse la crise la plus grave depuis des décennies. La volatilité croissante des prix, amplifiée par une forte spéculation sur les matières premières, touche durement nos agriculteurs sur l’ensemble des productions. Et le secteur fait face à une concurrence globale (Brésil, Russie, Inde, Chine), efficace, de mieux en mieux organisée et moins soumise aux contraintes environnementales. Cette crise n’affecte pas que l’Europe : la spéculation et la volatilité des prix touchent tous les marchés mondiaux. C’est pourquoi le Président de la République Nicolas Sarkozy vient d’annoncer que la France en tant que présidente du G20 convoquera un G20 Agriculture courant 2011.

L’enjeu pour l’Europe est triple :

  • pour nos 500 millions de consommateurs européens, tout d’abord, il faut garantir une alimentation sûre, diverse, équilibrée et accessible à tous. La PAC, avant d’être une politique pour les agriculteurs, est une politique pour les citoyens.
  • pour l’économie européenne, il faut préserver l’atout que représente un secteur agricole et agro-alimentaire performant ;
  • enfin l’agriculture joue un rôle primordial pour faire face aux défis globaux de demain, en matière de lutte contre le changement climatique, de préservation de l’environnement, de sécurité alimentaire, de croissance verte ou encore d’aménagement du territoire.

Ce besoin de préserver une agriculture durable et forte, peu de gens en Europe le contestent.

Une réforme est déjà intervenue en 2003 , visant à décorréler les aides des quantités produites et qui aura pour résultat de faire descendre la part de la PAC à 33% du budget communautaire en 2013, date à laquelle elle doit être revue.

Les débats portent aujourd’hui surtout sur la politique à mener, sur les financements à apporter pour atteindre cet objectif.

Certains points de convergence existent. Sur le constat que la PAC doit rester une politique européenne, sa renationalisation étant désastreuse à tous égards, tant pour les producteurs que les consommateurs. Sur le constat que l’agriculture européenne a déjà évolué dans le bons sens, en se modernisant, en s’ouvrant au monde, à l’innovation technologique, et en s’adaptant aux marchés et à la demande, notamment environnementale, des consommateurs.

Des divergences en revanche existent sur le type d’instruments qui devront accompagner la PAC de l’avenir.

La France estime qu’il est important de préserver le système d’aides directes au producteur, niveau de base de son filet de sécurité en période de crise. Ces aides doivent toutefois être relégitimées, grâce à des critères d’attribution plus objectifs et équitables. Nous pensons aussi qu’il faut mieux réguler les marchés face à une volatilité des prix agricoles, une spéculation insupportable pour les producteurs. Il ne s’agit bien sûr pas d’un retour à l’administration par l’Europe des quantités et des prix. La France a montré qu’elle savait renoncer à des instruments de régulation inefficaces, tels que les quotas laitiers. Il est en revanche essentiel de mettre en place des instruments de marché plus efficaces, plus transparents et flexibles quand celui-ci se comporte de façon erratique.

La négociation à venir entre Européens sur l’avenir de la PAC et sur le budget futur de l’UE, qui culminera sous présidence danoise de l’UE, sera difficile. Il est important qu’un débat large et ouvert s’ouvre dès à présent pour en expliquer les enjeux fondamentaux au public européen.

Dernière modification : 02/06/2010

Haut de page