Tribune de l’Ambassadrice (Børsen - 18 février 2010) [da]

(Tribune parue dans Børsen le 18 février 2010)

Les 3 chantiers de la France

L’économie française a mieux résisté à la crise que la plupart de nos partenaires, le PIB ayant seulement reculé de 2,25% en 2009, contre 4,1% en moyenne européenne.

Il est vrai qu’au moment où Lehman Brothers a fait faillite en septembre 2008, l’économie française présentait moins de facteurs de vulnérabilité : un marché immobilier plus sain, une moindre exposition des banques qui pratiquent une politique de crédit plutôt conservatrice, une moins grande dépendance aux exportations. Les « stabilisateurs automatiques » ont aussi, comme au Danemark, joué leur rôle, en raison en raison du niveau des prélèvements obligatoires (43,3% du PIB) et du système d’allocations chômage.

Face à la crise, le gouvernement français a également mis en œuvre une politique volontariste de relance en 2009 (en faveur de l’investissement et de l’industrie, de la trésorerie des entreprises et du pouvoir d’achat des ménages les plus modestes), qui a contribué à stabiliser l’économie française. La consommation des ménages a résisté et n’a pas reculé depuis le début de la crise. Le taux de chômage s’est finalement accru de deux points en 2009

Aujourd’hui, l’enjeu consiste à assurer une reprise durable de la croissance à partir

de 2010 et le retour aux équilibres fondamentaux, accompagné des réformes structurelles favorables à la croissance nécessaires. La politique suivie s’inscrit dans les grandes lignes de ce que l’Union européenne va discuter pour son futur avec la stratégie 2020.

Le retour sous 3% de déficit d’ici 2013

La gravité de la crise a sollicité les stabilisateurs automatiques de façon très intense. Elle rend nécessaire un ajustement budgétaire important sur les prochaines années.

Le déficit du budget est prévu à 7,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2009 et 8,2% en 2010. Même constat pour la dette, attendue à 83,2% du PIB en 2010.

La stratégie du Gouvernement français consiste à ne pas augmenter les impôts mais à réduire le poids de la dépense publique. Le programme de convergence que le gouvernement français vient d’envoyer à la Commission européenne prévoit, avec un taux de croissance de 2,5% an à partir de 2011, le retour du déficit effectif à -3 % du PIB dès 2013 avec un taux de prélèvements obligatoires de 43,0 % du PIB.

Concrètement, cela signifie la poursuite de la politique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, un gel du budget des ministères, et des efforts comparables pour les collectivités locales. Quant à l’objectif de progression des dépenses de l’assurance maladie, il devra aussi descendre sous les 3 % (nous étions à 5 ou 6 % il y a quelques années).

Un grand emprunt pour préparer l’avenir

Mieux préparer l’avenir, c’est renforcer la productivité, l’innovation et la compétitivité des entreprises.

La France vient de prendre la décision de lancer un Emprunt national de 35 Mds€, soit 1,8% du PIB estimé pour 2010 pour financer des investissements publics dans 5 secteurs prioritaires : enseignement supérieur et formation (faire émerger 5 à 10 campus d’excellence ayant les moyens, la taille critique et les liens avec les entreprises qui leur permettront de rivaliser avec les meilleurs universités mondiales"), recherche, filières industrielles d ‘exellence et PME, développement durable (avec un accent mis sur les énergies décarbonées) et enfin le numérique.

Cet emprunt ne doit pas peser sur les générations futures. Ill financera des projets rentables et des infrastructures utiles pour le développement économique de notre pays. Il fera appel aux marchés financiers pour 22 milliards d’euros, l’autre partie viendra des fonds récemment remboursés par les banques à l’Etat.

Réformer les retraites

Le Président de la république a annoncé une réforme des retraites avant la fin de l’année 2010. En effet, avec l’allongement de la durée de vie et le vieillissement de la population, la réforme des retraites, en France, comme ailleurs en Europe, devient inévitable pour maintenir la soutenabilité des finances publiques. Les options possibles pour cette réforme (augmenter l’age légal de la retraite actuellement de 60 ans, augmenter la durée des cotisations ; augmenter les cotisations) feront l’objet d’un dialogue social approfondi au cours des mois prochains.

Ces objectifs : plus de croissance, plus d’emploi, plus de stabilité, ne sont pas uniques à la France, il font partie de la feuille de route des Européens, ils ne peuvent être atteints qu’ensemble, dans un dialogue et une coopération renforcés et une gouvernance économique.

Dernière modification : 02/06/2010

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