Le sport doit aussi lutter contre le réchauffement climatique : Tribune dans Politiken [da]


François Zimeray est ambassadeur de France au Danemark.
Jesper Theilgaard est météorologue, ancien présentateur météo sur la chaîne publique DR et à l’initiative du site www.klimaformidling.dk.
Morten Mølholm Hansen est directeur de l’association danoise pour le sport « Danmarks Idrætsforbund ».

Les trois co-signataires sont intervenus le 4 mai à la Maison des Sports lors de la conférence « Le sport et les objectifs mondiaux des Nations-Unies ».

Un orage d’une violence impressionnante a transformé l’an dernier l’un des plus grands événements sportifs de l’année, le semi-marathon de Copenhague, en déluge.

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Trois personnes ont été blessées par la foudre. L’électricité a été coupée dans tout le quartier autour de la ligne d’arrivée et les masses d’eau atteignaient, au centre-ville, une telle pression que les organisateurs ont été contraints d’annuler la course pour des raisons de sécurité. 
Bien sûr, nous devons être prudents en attribuant cet orage violent au seul changement climatique. Cependant force est de constater que le Danemark a été touché à de nombreuses reprises ces dernières années par des épisodes climatiques extrêmes.

Des températures plus élevées entraînent une plus grande évaporation et donc plus de vapeur d’eau dans l’atmosphère. La formation de nombreuses gouttes d’eau libère des quantités d’énergie incontrôlables qui rendent les nuages plus actifs et plus intenses, donnant des précipitations violentes sur une zone relativement restreinte. D’où le chaos vécus lors du semi-marathon de Copenhague et les conditions météorologiques extrêmes à l’occasion de plusieurs autres événements sportifs.

Il est également vrai qu’il est tombé de plus en plus d’eau sur le Danemark au cours de ces années. Le Danemark enregistre annuellement 100mm de précipitations en plus par rapport au siècle dernier et 75mm de plus qu’en 1970.

Les précipitations créent de nombreux problèmes – y compris dans le monde du sport où de plus en plus d’associations ont du mal à démarrer leur saison de printemps en raison des pelouses ou de terrains de pétanque détrempés par des quantités excessives d’eau, où le drainage n’a pu être effectué, de sentiers de VTT remplis de boue, sans parler des terrains de golf inondés. La fédération danoise du golf a, par exemple, fait face ce printemps à des défis historiques avec de nombreux terrains de golf fermés à cause d’eau, de l’eau et encore de l’eau.

Les défis climatiques ne semblent pas devoir s’arrêter, et la météo du sport est sombre. Des adaptations climatiques et des solutions durables dans le domaine du sport sont nécessaires pour trois raisons évidentes :

Premièrement, le sport et le développement durable sont inextricablement liés. Localement ou à l’échelle mondiale, les sportifs, les associations, les fédérations et les grandes organisations sportives ont évidemment l’obligation de prendre soin de notre environnement commun. Ce n’est pas sans coût pour la nature si les organisateurs d’événements sportifs ne sont pas à la pointe des solutions durables lors des Jeux Olympiques, de la construction d’un terrain de golf, d’un circuit automobile ou quand des milliers de personnes vont dans les bois pour faire une course.
Le monde du sport doit porter cette responsabilité.

Deuxièmement, le sport et le développement durable coïncident pour la simple raison que le sport est bon pour la santé de chacun. Ainsi, les grandes organisations sportives telles que la Federation Sportive Danoise (DIF), avec la campagne « Bougeons nous pour vivre », œuvrent pour que le plus grand nombre pratique une activité physique et puisse avoir accès à un sport qu’il aime. De plus en plus de Danois veulent faire du sport en plein air, et la nature est maintenant l’endroit principal où on pratique un sport et cela est en augmentation. En 2011, la proportion de Danois adultes qui pratiquaient dans la nature était de 37%. En 2016 ce chiffre atteignait 44% (source rapport « Danskernes motions- og sportsvaner 2016 » de Idrættens Analyseinstitut. DIF enregistre une hausse dans le nombre de pratiquants de sports outdoor, en particulier : kayak, course d’orientation, ski nautique et cyclisme.

Vu par le prisme sportif ou de la santé, ce développement est très positif à plusieurs niveaux mais il ouvre aussi à un certain questionnement : est-ce que les Danois ont les meilleures conditions pour faire du sport en extérieur, dans les forêts, en mer et dans les terrains de football ? Comment l’État, les municipalités, les organisations sportives, les fédérations et les associations font-ils en sorte que le désir des Danois de faire plus de sport en plein air ne soit pas entravé par des défis climatiques, par trop d’eau sur les terrains de football et de boue sur les pistes de VTT ?

Troisièmement, le sport et le développement durable sont liés par le caractère universel du sport. La sensibilisation aux solutions durables et aux bonnes pratiques mises en place dans le sport est facilitée par l’écho que rencontrent les évènements sportifs. Ainsi l’impact est plus grand et peut inspirer d’autres secteurs. Les Jeux Olympiques, qui se tiendront à Paris en 2024, en sont un bon exemple. L’une des principales raisons pour lesquelles Paris l’a emporté est par son ambition de mettre en place les Jeux les plus durables à ce jour. La liste des actions durables à Paris en 2024, à laquelle nous reviendrons plus bas dans cette chronique, est longue. Le monde entier pourra certainement s’inspirer de la vague verte qui va déferler aux JO de Paris en 2024.
Aujourd’hui, lors de la conférence DIF18 à Idrættens Hus à Brøndby, le rôle et la responsabilité du monde sportif danois et international sera mis en question face aux ambitieux objectifs mondiaux de l’ONU. Ces objectifs ont été adoptés en 2015 par les chefs d’État et de gouvernement au Sommet des Nations Unies à New York. C’est un plan de développement ambitieux et sans précédent met l’objectif vers un développement plus durable au niveau local et mondial au travers de 17 objectifs concrets et 169 objectifs intermédiaires. La relation entre les objectifs des nations-Unies et la pratique sportive n’est peut-être pas de prime abord évidente.

Effectivement, il y a un fossé entre le manque d’eau potable dans des zones du monde extrêmement difficiles et des terrains de golf inondés à Sæby.
Cependant, si on regarde de plus près, les objectifs mondiaux visent essentiellement à rendre le monde meilleur, et le sport joue là un rôle important.
Comment le sport peut-il relever les défis climatiques dans différents contextes ? A DIF, nous avons plusieurs idées, qui engagent des acteurs locaux au Danemark et à l’étranger au travers d’accords de coopération.

En ce qui concerne le Danemark, DIF pense qu’il faut travailler sur le long terme et l’anticipation. A l’heure actuelle, DIF est en contact avec les municipalités, pour qu’elles élaborent une stratégie d’installations sportives. DIF attire l’attention des municipalités sur l’intégration des solutions durables dans leurs stratégies. Penser par exemple à l’évacuation des eaux de pluie et de surface sur les nouvelles installations sportives et des canaux sur les surfaces en plein air. Ou encore créer un bassin de rétention en cas de pluies abondantes qui peut au quotidien être utilisé comme terrain de streetball, de skate ou de roller. D’autres solutions comme celles-ci sont à trouver dans le projet VANDPLUS, partenariat entre le Fonds de développement local et régional, Realdania et l’Agence de la Nature (Naturstyrelsen). Le double usage est la clé de la réflexion sur l’adaptation au changement climatique dans le développement de nos villes - et donc aussi dans le développement des infrastructures sportives.

Comme mentionné précédemment, le sport a également une responsabilité pour intégrer des solutions vertes. Ceci est mis en œuvre par DIF via un système de certification « Fédération verte » pour les fédérations qui souhaitent s’engager sur la voie de la durabilité. En 2018, le nombre de fédérations vertes a plus que doublé depuis son lancement en 2010 et compte aujourd’hui neuf fédérations. Ceci souligne que l’agenda vert est important dans le sport danois.

Le sport a également une responsabilité quand de plus en plus de Danois vont dans la nature pour faire de l’exercice. L’interaction entre la nature et le sportif doit fonctionner. Chaque sportif doit pouvoir pratiquer son activité sans nuire à la nature. Des codes de conduite et des campagnes de sensibilisation doivent être faits à cet effet et les activités organisées pour avoir le moins d’impact sur la nature possible. Par exemple, on pourra organiser des cours d’orientation en évitant les zones vulnérables ou aménager des pistes de VTT de telle façon que le terrain forestier et les écosystèmes associés ne soient pas abimés par la pratique.

Des bénévoles collaborent dans de nombreux endroits avec des employés forestiers pour contribuer à un fonctionnement durable. Les adeptes du sport en extérieur aiment la nature et veulent contribuer à la conservation des forêts.

En ce qui concerne les déchets, nous pouvons nous poser la question de savoir la manière dont le sport peut optimiser la gestion de ses propres déchets. Ceci s’applique à la fois aux déchets chimiques, comme aux déchets plastiques, métal, papier, bouteilles ou résiduels. Les déchets chimiques sont principalement associés aux sports qui utilisent directement des produits chimiques tels que les pesticides (pour les pelouses), des biocides (dans la peinture des coques de bateaux) et de l’essence et de l’huile dans les sports automobiles et certains sports aériens. Pour ce faire DIF travaille avec les fédérations spécialisées et les autorités concernées pour les règles, les manuels, pour l’approvisionnement, la manipulation, l’exploitation et l’élimination. En ce qui concerne le plastique, le métal, le papier, les bouteilles et les déchets, sont concernées toutes les associations liées aux activités quotidiennes et l’événementiel. Les fédérations certifiées « vertes » travaillent appliquent généralement de manière systématique le tri des déchets, et DIF soutient les associations qui choisissent l’eau du robinet emballée dans du carton plutôt que l’eau de source en emballage plastique.
Alors oui, il y a beaucoup de choses qui se passent au Danemark sur le sport et le développement durable, mais cela est une obligation car nous voulons être acteur du changement. Et nous préférerons être aux avant-postes dans ce combat pour prendre soin de notre planète afin qu’il soit possible aux générations futures de pratiquer le sport dans un environnement sain.

Mais nous pouvons encore faire mieux sur plusieurs points, en nous inspirant par exemple de solutions durables ailleurs dans le monde. Les JO Paris 2024 sont un excellente source d’inspiration. A Paris en 2024, il ne s’agira pas seulement de médailles, de fête populaires et de grands rassemblements sportifs, les Jeux Olympiques de Paris en 2024 seront un évènement où le développement durable sera mis à l’honneur.

Paris seront les Jeux les plus « durables » de l’histoire, avec des objectifs très ambitieux comme point de départ. Les organisateurs proposent :

1/ une réduction de 55% de l’empreinte carbone par rapport aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 et de Rio en 2016

2/ un partenariat stratégique avec le WWF pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont 1 500 personnes déterminées à mettre en place cette stratégie durable au niveau de l’état, des collectivités locales, des ONGs, et des entreprises françaises.

3/ Organiser les rencontres sportives sur des installations déjà existantes. 95% de ses sites sont déjà construits et toutes les installations sportives seront soumises aux normes les plus élevées en matière d’énergie, de santé et d’environnement et de contribution à la biodiversité. Le seul bâtiment construit spécifiquement pour les JO est un centre aquatique près du stade national français, qui perdurera après les JO.

4/ Réduire le transport pour les athlètes et les spectateurs. Contrairement aux jeux de Rio 2016, 85% des athlètes seront à 30 minutes de leurs sites de compétition. De plus, les spectateurs, les athlètes, les médias, etc. seront transportés autour de Paris avec un transport aussi propre que possible, en mettant l’accent sur les véhicules à émission zéro.

5/ D’importantes économies d’énergie. 100% de l’énergie utilisée pour les JO à Paris sera de l’énergie verte. Aucune autre source d’énergie ne sera nécessaire.

6/ Réduire de manière drastique la quantité de viande pour les nombreux repas à servir pendant les JO. 25% de tous les repas devront être végétariens. Privilégier les labels de qualité et l’approvisionnement local pour réduire la distance entre la ferme et la fourchette.

7/ Réduire les déchets. Lutter contre le gaspillage. 100% des déchets bio seront transformés en compost.

Tous ces objectifs des organisateurs des JO à Paris sont extrêmement ambitieux mais c’est aussi des solutions ambitieuses qui doivent être engagées pour que le milieu sportif joue un rôle dans le développement durable.

Le fait que les JO de 2024 soient placés sous le signe de la durabilité montre que le CIO est prêt à relever le défi. Le CIO est un acteur global qui a le pouvoir, les ressources et, surtout l’attention des média. Il doit ainsi pouvoir mener en tête la bataille climatique. Mais, le rôle du CIO dépend également de l’implication des acteurs locaux et internationaux, dans la nécessité de travailler pour la durabilité dans le sport.

Les solutions utiles pour le climat nécessitent du recul, de la créativité et des accords de coopération qui peuvent apparaître sur le papier comme peu conventionnels. Cependant, la coopération entre les organisations sportives nationales et internationales, d’autres organisations, associations, experts du climat et autorités sont et seront nécessaires pour faire en sorte que le sport soit en harmonie avec la nature. Et si ces coopérations fonctionnent, nous pourrons aller très loin.

Ou comme l’a dit Nelson Mandela en 1995 lors de la Coupe du monde de rugby en Afrique du Sud : "Le sport a le pouvoir de changer le monde, il a le pouvoir d’insuffler l’inspiration". Cette citation est toujours d’actualité.





Dernière modification : 08/05/2018

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