Revue de presse du 12 au 18 mars 2019

1/ Affaires européennes et internationales

Brexit : les nombreux votes au parlement britannique et les scénarios possibles ont dominé l’actualité de cette semaine, les ‘unes’ des journaux faisant état d’une situation chaotique. Le nouveau rejet de l’accord conclu par Theresa May avec l’UE, mardi dernier, a été accueilli au Danemark avec une grande déception. Le Premier ministre Lars Løkke Rasmussen s’est dit « extrêmement triste ». Il souligne qu’un hard brexit serait lourd de conséquences pour le secteur économique danois, notamment pour les pêcheurs danois et ajoute que cette éventualité serait une « catastrophe » pour le Royaume-Uni : « ils sont obligés de se ressaisir au Royaume-Uni – pour le dire en bon danois – et de décider quelle relation future ils souhaitent avoir avec l’UE. Ils vont se retrouver complètement isolés et perdre des emplois et de la prospérité. Ils sont obligés de se ressaisir ou d’indiquer une toute autre voie ». Côté danois, les préparatifs à une sortie sans accord « allaient être intensifiées ». Sur twitter, le ministre des affaires étrangères affirme que « la balle est de nouveau dans le camp des Britanniques – c’est au gouvernement britannique et au parlement britannique de proposer des solutions. En attendant, le gouvernement continue ses préparations à un scénario de no-deal, et ainsi nous sommes prêts quelle que soit l’issue ». Le PPD, qui jusqu’ici a critiqué l’UE pour manquer de volonté de négocier, s’en prend à présent aussi aux partis britanniques, estimant qu’ils sont aussi largement responsables du chaos qui règne sur la question du Brexit. (Jyllands-Posten 15/3)

La question d’un éventuel report de la sortie du Royaume-Uni fait aussi l’objet de commentaires : Peter Hummelgaard Thomsen, porte-parole UE du parti social-démocrate estime « qu’il faut essayer de respecter la situation chaotique et que serait plus facile pour l’avenir, si on leur donnait une prolongation ». Kenneth Kristensen Berth, porte-parole UE du PPD met en garde contre une position intransigeante de l’UE dans la phase finale : « J’espère que l’accord sera approuvé, mais si ce n’est pas le cas, nous devons accepter un report, également un long report, si c’est ce que souhaitent les Britanniques » (Børsen 15/3).

Les conséquences pour le secteur économique danois sont aussi largement abordées. Le Premier ministre se dit particulièrement inquiet pour les PME danoises. A cet égard, les autorités douanières danoises ont envoyé une lettre à 30.000 entreprises danoises les invitant à s’assurer qu’elles aient bien les autorisations nécessaires pour continuer à échanger avec le Royaume-Uni (Jyllands-Posten, 12/3). Les exportations danoises sont par ailleurs sous pression en raison du Brexit : alors que les exportations ont dans l’ensemble augmenté de 11%, celles vers le Royaume-Uni se situent en janvier 2019 au même niveau qu’un an auparavant (Berlingske). Les agriculteurs danois accueillent par ailleurs avec un certain soulagement le nouveau régime douanier qui pourrait être mis en place en cas de sortie de l’UE sans accord, ce régime temporaire mettant fin à des années de spéculations (Jyllands-Posten, 14/3 et Børsen, 14/3). Les agriculteurs danois, qui seraient les premiers à ressentir les conséquences d’un hard Brexit – le Royaume-Uni s’inscrivant comme le 3ème marché pour les produits alimentaires danois – se disent en effet soulagés que les droits de douane prévus soient moins élevés que ce qu’ils craignaient. Les nouveaux taux prévus sont en effet nettement inférieurs à ce qui avait été imaginé, avec par exemple des droits sur le porc de 13% du taux européen et des droits sur le beurre de 32% du taux européen. Pour Tican et Danish Crown, ce régime douanier permettrait d’absorber les hausses des prix sur le marché britannique. Le nouveau régime suscite néanmoins des réactions politiques au Danemark, notamment du PPD qui invite le gouvernement danois à protester auprès du gouvernement britannique : « Nous ne devons pas accepter de devenir les grands perdants, tandis que les agriculteurs irlandais obtiennent un avantage ».

Sur un plan politique, la Liste Unitaire revient sur sa position et n’estime plus qu’il faille organiser un référendum sur la sortie du Danemark de l’UE. La porte-parole politique, Pernille Skipper affirme en effet que « nous avons appris du Brexit, que les alternatives doivent être très claires avant qu’on se lance dans un tel référendum ». Par ailleurs, le PPD estime toujours qu’un référendum serait une bonne idée, mais, selon Peter Kofod, tête de liste aux élections européennes, « seulement quand nous pourrons dire aux Danois entre quoi ils ont choix, ce que nous ne sommes pas en mesure de faire aujourd’hui ». Enfin, un nombre croissant de Danois -78% contre 70 avant le référendum britannique- estime qu’un avenir en dehors de l’UE n’est pas une bonne chose (Jyllands-Posten, 15/3).

Tribune du Président de la République : la lettre adressée par le Président de la République aux citoyens européens fait l’objet de nouveaux commentaires. Dans un éditorial, Jyllands-Posten (12/3) salue que le Président lance un débat européen à un moment où la démocratie représentative et la coopération européennes sont sous pression. Le journal salue également le fait qu’il s’adresse à tous les ressortissants de l’UE. Même s’il est nécessaire de garder un œil critique sur les propositions, le journal estime que l’essentiel, c’est ce qui continue à lier la France et l’Allemagne, et notamment la volonté commune de former l’avenir en Europe et que l’Europe assume sa responsabilité. Et le journal de conclure « que c’est qu’en impliquant tout le monde que l’on peut créer une légitimité démocratique pour notre nouvelle Europe ».

Par ailleurs, le correspondant à Berlin de Jyllands-Posten (14/3) estime que le Président de la République a réussi à obliger l’Allemagne à réfléchir à sa vision de l’Europe, ce qui ne méritait aucune critique, d’autant qu’il s’agit d’enjeux d’importance. La tribune -certes très française, avec des « tournures grandioses »- n’est ni ridicule, ni inutile. Même si elle contient des éléments qui peuvent paraître répétitifs aux yeux des pays de l’Europe du Nord, elle est avant tout une défense passionnée de l’Europe. L’important est que le Président de la République prenne la peine de faire part de sa vision pour l’avenir de l’Europe.

Taxe numérique : la presse souligne que le ministre danois des Finances, Kristian Jensen, se félicite que l’UE ait formellement décidé de suspendre le projet d’une de taxe sur la publicité numérique, et salue que l’UE « ait choisi la voie souhaitée par le Danemark » (13/3)

Brevets : le Danemark a déposé un nombre record de demandes de brevet européen en 2018 (Berlingske, 13/3). Avec 2390 demandes, dont 192 formulées par Novozymes, il s’agit d’une augmentation de 14,4% par rapport à 2017. Dans le rapport annuel de l’Office européen des brevets, le Danemark arrive 3ème parmi les nations les plus innovantes.

Climat : les journaux (13/3) rapportent que le Secrétaire général des Nations unies a désigné le Danemark pour diriger avec d’autres pays le volet énergie dans la perspective du Sommet sur le climat de l’ONU en septembre. Le Premier ministre danois s’est dit fier d’avoir été choisi par le secrétaire général aux côtés de très grands pays, estimant que le Danemark a été retenu entre autres grâce à l’initiative P4G, que lui-même avait lancé en 2017.

Syrie : la presse rapporte que le Danemark s’est engagé pour 675 millions de DKK (soit près de 100 millions d’euros) en aide humanitaire aux victimes de la guerre en Syrie, lors de la conférence des donateurs pour la Syrie à Bruxelles, à laquelle la ministre danoise de la Coopération pour le développement a participé. Elle retient que le Danemark se range entièrement derrière la ligne européenne et ne travaille pas avec le régime de Bachar Al-Assad (Politiken 13/3 et Berlingske 14/3).

Nouvelle-Zélande : l’attaque terroriste a bénéficié d’une large couverture de presse. Le Premier ministre danois a exprimé ses condoléances aux victimes et au peuple nouveau-zélandais. Il rappelle l’importance à des moments pareils de faire preuve d’unité quel que soit notre nationalité, notre religion ou nos origines.

2/ Danemark

Vie politique/Sondage : selon un sondage effectué du 8 au 14 mars par l’institut Kantar Gallup pour le compte de Berlingske, la gauche est toujours en tête avec 51,2 % pour le bloc rouge et 48,8% pour le bloc bleu. Tandis que les deux principaux partis, social-démocrate et libéral, restent plutôt stables avec respectivement 26% et 19,7% des intentions de vote, le sondage confirme la tendance concernant le PPD, lequel ne recueillerait que 13,7% des voix, contre 21,1% aux dernières élections, soit 13 sièges de moins qu’à l’heure actuelle (37). A noter, que dans ce sondage, 26,1% des personnes interrogées sont encore indécises (17/3)

Infrastructure : l’accord entre le gouvernement et le PPD prévoyant des investissements de plus de 112 milliards DKK pour améliorer le réseau ferroviaire et le réseau routier de 2021 à 2030 et qualifié « d’historique ». La presse souligne toutefois qu’il sera remis en cause si les sociaux-démocrates gagnent les élections.

Climat : le réchauffement climatique a largement dominé l’actualité intérieure dans la presse danoise, notamment en référence au récent entre le Premier ministre et la présidente du parti social-démocrate, aux nombreux articles sur le mouvement des jeunes dans le monde et largement suivi au Danemark, et au projet de Landbrug & Fødevarer pour rendre l’agriculture danoise neutre en carbone d’ici 2050.

3/ France

Gilets jaunes : les violences du 18ème acte des Gilets Jaunes retiennent l’attention des médias danois, qui rendent compte de manière factuelle des scènes de saccages, de pillages et d’incendie sur les Champs-Elysées. La presse relève également que le Président de la République a haussé le ton contre les Gilets Jaunes, les accusant de vouloir « détruire la République ». Dans Politiken (18/3), l’expert danois Jørn Boisen commente les évènements de ce weekend, constatant que les Gilets Jaunes perdent de plus en plus le soutien de la population à cause de la casse lors des manifestations.

Marlène Schiappa : sous le titre « La féministe d’ E. Macron qui veut forcer les hommes à l’égalité en France » Jyllands-Posten (17/3) trace le portrait de Marlène Schiappa soulignant ses combats féministes, notamment son rôle dans la lutte contre le harcèlement sexuel, les violences conjugales et pour l’égalité salariale.

Calais : Jyllands-Posten (18/3) consacre une double-page à la situation de Calais, 11 jours avant un possible Brexit sans accord. Il relève que les douaniers français ont ralenti le processus pour dénoncer le manque de préparation et rend compte des préoccupations des pêcheurs français.

Dernière modification : 20/03/2019

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